VOSGES_matin-200À Levallois, le quitte ou double des Balkany.

Condamnations, affaires, surendettement de la commune, absences 4 mois par an, révélations sur leur train de vie : à Levallois-Perret dans la banlieue chic de Paris, rien n’a arrêté l’hégémonie du couple Balkany. Jusqu’à cette année ?

 

À quelques tours de manivelle du cœur de Paris, la commune de Levallois-Perret où fut inventée et assemblée la 2CV Citroën sert régulièrement décor à des films. Parmi les plus célèbres, « Pas de scandale » (1999), « Ah, si j’étais riche » (2002), « Tais toi » (2003), ou « Mauvaise foi » (2007) de Roschdy Zem. Des titres inspirés par les acteurs locaux, plus que par le cadre propret mais sans grand cachet de la ville ? Peut-être. La vie municipale jongle depuis trois décennies entre plusieurs genres du 7e art : burlesque, comédie, policier voire péplum.

Le suspense des élections municipales dans la commune des Hauts-de-Seine tient à une question : pour ou contre Balkany ? C’est le « pitch ». Le seul. Réélu au premier tour en 2008, Patrick Balkany, 65 ans, l’ami de 40 ans de Nicolas Sarkozy avec qui il partage origines hongroises et formation auprès de Charles Pasqua, semble cette fois un peu plus menacé. Il est la cible d’une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale », soupçonné d’avoir dissimulé au fisc des avoirs à l’étranger, et d’une information judiciaire, pour avoir rémunéré avec l’argent communal un policier municipal utilisé comme chauffeur personnel. Il avait été condamné pour des faits semblables en 1997 et déchu de son mandat. En exil Aux Antilles à Saint-Martin, où il vit encore une partie de l’année, il est revenu. Et a été réélu maire puis député deux fois.

Feuilleton d’affaires

Les affaires alimentent un vrai feuilleton. Elles n’ont pas réussi à plomber le vote en sa faveur depuis 1983, ni sa popularité. En surface. « Les gens l’aiment bien, c’est vrai », admet ce kiosquier en ville, « mais ce sera plus serré cette année ». Pas une semaine sans que la presse se focalise sur Levallois-Perret et son casting cinq étoiles. La pression monte. Patrick Balkany a craqué fin janvier en arrachant une caméra de BFMTV. Lui et sa femme Isabelle, 66 ans, ex-journaliste et qui est aussi sa première adjointe, disent haut et fort ne plus supporter ce qu’ils décrivent comme un « Balkany bashing », un « lynchage ». Mais, dans la dernière ligne droite plus question de s’exprimer, même à voix basse devant les (curieux) reporters. « On ne parle qu’aux Levalloisiens, pas aux journalistes », a ainsi répondu à notre demande de contact une proche de madame l’adjointe.

100 ans de mandat à eux deux

Sous les mandats « des » Balkany, la ville a partiellement changé de visage. Centre aquatique, conservatoire haut de gamme, écoles « ultra-connectées », classes équipées de tableaux numériques… Cette institutrice, plutôt de gauche, se réjouit de « travailler dans des conditions top », et affirme qu’Isabelle Balkany ne ménage pas sa peine pour le milieu scolaire. Début février, le couple a dit qu’il refuserait d’appliquer les nouveaux rythmes scolaires. « Ils seront encore hors-la-loi, mais ça ne les dérange pas », note Gérard Schrepfer, ancien conseiller municipal d’opposition, au PS depuis 1973 : « Ils racontent régulièrement qu’avant eux, c’était Zola ici, c’est faux ». À Levallois, cas presque unique en France, un couple « gouverne » et se partage les premiers rôles. « Elle, elle bosse, et lui fait de la représentation », relève M. Schrepfer, qui dénonce « un gaspillage de l’argent public dans une République bananière ». La commune est aujourd’hui la plus endettée de France, avec une dette de 730 millions d’euros, selon le ministère de l’économie. « La sagesse voudrait qu’on change », positive le retraité, tout en précisant qu’aucun « grand ténor national de gauche comme de droite n’a jamais voulu se frotter aux Balkany ».

Au casting de cette élection sous les projecteurs, un homme, Arnaud de Courson, tentera de sortir de l’ombre. Il l’a déjà partiellement fait, en 2011, en battant Mme Balkany aux cantonales. Ce candidat divers droite retrace le scénario 2014 : « Levallois va-t-elle revoter pour un maire qui a cette image ? Et qui a été intouchable durant des années grâce à son copain président ». L’image, voilà ce que pointe ce chef d’entreprise, au-delà des défis économiques : « avant ici, c’était l’automobile et le parfum, maintenant c’est d’une pauvreté incroyable avec 16 % de bureaux vides. C’est une ville qui vit en autarcie ». Après une récente réunion, son directeur de campagne Franck Perraud soutient que certains participants ont été victimes d’« intimidations ». Le climat est tendu. Arnaud de Courson dégaine : « Levallois n’est pas la ville de M. Balkany, mais c’est son gagne-pain. Rendez-vous compte, ils ont 100 ans de mandat à eux deux ! » Il tente de partager son enthousiasme avec les passants, déjà « persuadé » de se retrouver au second tour, puis « de gagner ».

Plus loin, derrière son bar, un commerçant n’imagine pas Balkany perdre. « Il gagnera de peu », plaisante-t-il, « et ensuite, ressortiront d’autres affaires judiciaires ». Comme une ritournelle. « Éternelle », du nom du dernier film tourné en 2009 à Levallois-Perret.

Xavier FRÈRE

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